Dessin, mouvement et souffle.
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Edito
Que je sois devant une page blanche ou juste avant d’entrer dans le mouvement, l’état est le même. Très bien décrit par les taoïstes « Wu Ji » est l’espace-temps qui précède tout acte de création. Que ce soit dans le Wu Shu (arts martiaux) ou la calligraphie, Wu Ji est l'état crucial où tombent les préoccupations d’ordre mental, et où le corps dans sa globalité reprend sa place. Tout alors redevient perception, vibration, mouvement, émotion, sentiment, énergie.
L'une des caractéristiques de la calligraphie asiatique (cursive) pratiquée avec le pinceau, est de rechercher la fluidité du mouvement ; celle qui se manifeste à travers le calligraphe. C’est le souffle, l’essence qui s’exprime dans le trait du pinceau. L’œuvre du calligraphe est de l’écouter et de le conduire avec la plus grande justesse. Jusqu’à ce que la lettre n’ait plus d'autre nécessité qu'être un support à la recherche de beauté chaotique. Après avoir construit la lettre pour lui donner une identité, il s’agit de s’en détacher, de se détacher de sa représentation pour n’être plus que dans les rythmes, les accents les pleins et déliés… ce qui fait "le pouvoir émotionnel de la forme" (Claude Médiavilla). L’espace de création est ouvert. Dans cette recherche esthétique, le souffle peut prendre toutes les qualités, textures et rythmes : intense ou léger, vif ou empâté, saccadé ou continu, il devient matière.
Le trait fait partie du dessin, le dessin concrétise l’idée. De la page blanche à l’illustration, c’est l’esprit qui se matérialise.
Dans le Tai Ji Quan, la préoccupation martiale définit les mouvements et les conduit dans un espace restreint. Pourtant le souffle anime le mouvement interne, sa perception s’affine et s’affirme. Elle devient visible, dense et palpable de l’extérieur.
Dans le Wutao, c’est en grandissant l’expression du souffle que l’on goûte à la dimension sacrée de l’énergie, avant de nous en laisser imprégner. Les gestes deviennent calligraphies, avec leurs pleins et déliés. L’air et l’espace tout autour deviennent le support d'un éphémère à saisir. Pourtant la trace vit encore un moment derrière nous…
Arnaud Mattlinger
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